À mon père cet homme droit et solide comme sa canne…
Dommage qu’il ne fut mon soutien.

1.
Il était droit
Comme une statue
Il était froid
Comme une statue

Jamais son pain n’a goûté la tendresse
Jamais sa main n’a donné de caresses

Et pourtant, c’aurait été bon
De sentir sa main d’homme dans mes cheveux blonds
Et pourtant, c’aurait été bien
De sentir que mon père était du genre humain

2.
Il était droit
Comme une statue
Il était froid
Comme une statue

Jamais une larme pendue à la paupière
Devant les dames toujours l’allure fière

Et pourtant, c’aurait été bon
Qu’il me dise : « Dans mes bras, mon petit, et pleurons. »
Et pourtant, c’aurait été bien
Qu’on partage quelquefois le même chagrin



3.
Il était droit
Comme une statue
Il était froid
Comme une statue

Jamais Bacchus lui fit faire un faux pas
Jamais Vénus lui fit défaire ses draps

Et pourtant, c’aurait été bon
De picoler ensemble le jus du vigneron
Et pourtant, c’aurait été bien
Qu’il m’instruise parfois du galbe des seins

4.
Il est toujours droit
Comme une statue
Il est toujours froid
Comme une statue

Jamais mon cœur ne s’est ouvert à lui
J’ai tant chercher cette lueur dans ma nuit

Et pourtant, ce serait si bon
De compter sur lui comme un vieux compagnon
Et pourtant, ce serait si bien
De savoir qu’on a tous le même chemin

5.
Il sera froid
Comme une statue
Il méritera
Sûrement sa statue

Je lis déjà ce qu’il y aura dessus
« Il est mort, il est mort comme il a vécu. »

Et pourtant, ce serait si bon
Qu’il vive de cœur plus que de raison
Et pourtant, ce serait si bien
Qu’il naisse à l’amour avant son dernier train

M.L. Janvier 82