I
— "O Magali, ma tant aimée,
Mets la tête à la fenêtre !
Ecoute un peu cette aubade
De tambourins et de violons.
Le ciel est là-haut plein d'étoiles,
Le vent est tombé ;
Mais les étoiles pâliront
En te voyant.
II
— Pas plus que du murmure des branches,
De ton aubade je fais cas !
Mais je m'en vais dans la mer blonde
Me faire anguille de rocher.
— O Magali, si tu te fais
Le poisson de l'onde,
Moi, le pêcheur je me ferai,
Je te pêcherai !
III
— Oh ! mais, si tu te fais pêcheur,
Quand tu jetteras tes verveux,
Je me ferai l'oiseau qui vole,
Je m'envolerai dans les landes.
— O Magali, si tu te fais
L'oiseau de l'air,
Je me ferai, moi, le chasseur,
Je te chasserai.
IV
— Aux perdreaux, aux becs-fins,
Si tu viens tendre tes lacets,
Je me ferai, moi, l'herbe fleurie,
Et me cacherai dans les prés vastes.
— O Magali, si tu te fais
La marguerite,
Je me ferai, moi, l'eau limpide,
Je t'arroserai.
V
— Si tu te fais l'onde limpide,
Je me ferai, moi, le grand nuage,
Et promptement m'en irai ainsi
En Amérique, là-bas bien loin !
— O Magali, si tu t'en vas
Aux lointaines Indes,
Je me ferai, moi, le vent de mer,
Je te porterai !
VI
— Si tu te fais le vent marin,
Je fuirai d'un autre côté :
Je me ferai l'échappée ardente
Du grand soleil qui fond la glace !
— O Magali, si tu te fais
Le rayonnement du soleil,
Je me ferai, moi, le vert lézard,
Et te boirai.
VII
— Si tu te rends la salamandre
Qui se cache dans le hallier,
Je me rendrai, moi, la pleine lune
Qui éclaire les sorciers dans la nuit !
— O Magali, si tu te fais
Lune sereine,
Je me ferai, moi, belle brume,
Je t'envelopperai.
VIII
— Mais si la brume m'enveloppe,
Pour cela tu ne me tiendras pas;
Moi, belle rose virginale,
Je mépanouirai dans le buisson !
— O Magali, si tu te fais
La rose belle,
Je me ferai, moi, le papillon,
Je te baiserai.
IX
— Va, poursuivant, cours, cours !
Jamais, jamais, tu ne m'atteindras.
Moi de l'écorce d'un grand chêne
Je me vêtirai dans la forêt sombre.
— O Magali, si tu te fais
L'arbre des mornes,
Je me ferai, moi, la touffe de lierre,
Je t'embrasserai !
X
— Si tu veux me prendre à bras-le-corps,
Tu ne saisiras qu'un vieux chêne ...
Je me ferai blanche nonnette
Du monastère du grand Saint Blaise !
— O Magali, si tu te fais
Nonnette blanche,
Moi, prêtre, je confesserai,
Et t'entendrai !
XI
— Si du couvent tu passes les portes,
Tu trouveras toutes les nonnes
Autour de moi errantes,
Car en suaire tu me verras !
— O Magali, si tu te fais
La pauvre morte,
Je me ferai donc la terre,
Là je t'aurai !
XII
— Maintenant je commence enfin à croire
Que tu ne me parles pas en riant.
Voici mon annelet de verre
Pour souvenir, beau jouvenceau !
— O Magali, tu me fais du bien ! ...
Mais, dès qu'elles t'ont vue,
O Magali, vois les étoiles,
Comme elles ont pâli !"
Tiré de «Le scout rit et chante dans ses difficultés»
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